Daisuke Ichiba
" ambiguous hana "
Pour clore la saison en (sombre) beauté du jeudi 16 mai au Samedi 15 juin 2013 arsenicgalerie accueille les oeuvres nouvelles de Daisuke Ichiba, sous l’égide printanière de la fleur (« Hana » en japonais). Ici, les fleurs seront forcément « ambigües », car le travail du dessinateur japonais, héraut de la contre culture otaku et désormais internationalement reconnu son travail a récemment été présenté au MoMA de New-York dans le cadre de l’exposition “Tokyo 1955-1970: A New Avant-Garde“) exige de pénétrer dans un monde aux tensions multiples, entre violence et subversion.
La fleur, le motif floral ou végétal, dans leurs dimensions ornementales et symboliques, entrent de manière récurrente dans le travail de Daisuke Ichiba. C’est pourtant pour la première fois et à l’occasion de l’évènement « Je sème à tout vent »* à laquelle participe arsenicgalerie, qu’Ichiba a produit quatre œuvres focus sur les fleurs, des petits formats dans un esprit proche de l’esthétique de l’estampe japonais. Belles et vénéneuses, étrangement vivantes et voraces, délicates et d’une élégance noire, elles semblent distiller leur parfum empoisonné, fidèles à l’univers délétère que développe Ichiba dans ses compositions plus complexes.
Il suffit cependant d’observer avec attention les travaux d’Ichiba pour reconnaître que le motif floral s’y retrouve partout, en fond de trame, en motif ornemental, en environnement, bien évidemment de manière très éloignée du décoratif kawaï. De même que l’introduction récente de la couleur, notamment dans ses derniers travaux revisitant le « dessin d’enfants » dans lesquels, au-delà de l’encre de Chine, il use du pastel gras, parfois écrasé en trace colorée, parfois en transparence comme un lavis, ne contribue pas à apaiser le trait et les représentations tourmentées de l’artiste japonais, les fleurs d’Ichiba sont toujours plus inquiétantes qu’apaisantes, les motifs végétaux pouvant même parfois se faire dévorateurs ou, à l’instar du nénuphar de Vian, pousser dans la poitrine de leurs hôtes tels des aliens poétiques, des Yokaï elles aussi, dont se nourrissent peut-être les jeunes filles d’Ichiba, sorte de Ko-no-hana-no-sakuya (princesses-fleurs dans la mythologie japonaise) délicates mais cruelles.
Dans cette œuvre fascinante, dans laquelle la beauté et la jeunesse frayent avec la corruption, la mort, la violence, la folie et la monstruosité, révélant les contradictions morales et les pans refoulés d’une société japonaise ambiguë et complexe, la présence récurrente du motif floral ne peut qu’être emprunt de symbolisme critique. Ainsi, à l’instar des sakura (fleurs de cerisiers), les fleurs d’Ichiba symbolisent une pureté et une beauté fragile et éphémère, en même temps que, de manière plus équivoque, un motif iconique dans l’histoire et la culture nippone, dans leur dimensions martiales, depuis les bushi ancestraux jusqu’aux policiers d’aujourd’hui, en passant par les kamikazes de la seconde guerre mondiale.**
Dans ce balancement perpétuel entre l’amour et la cruauté, la beauté et la destruction, les œuvres d’Ichiba sont, pour reprendre le titre du chef d’œuvre de Kitano, Hana-Bi, un feu d’artifice entre la vie et la mort.
Marie Deparis-Yafil

